“Pourquoi j’investirais sur vous ? Vous n’êtes personne.”
Ces mots, “n’être personne”, je les ai entendus de la bouche d’un investisseur il y a quelques années. Nous cherchions des fonds pour le lancement de Powerslide. Nous avions pourtant des arguments solides : trois années de bootstrap de Datarocks derrière nous, un produit validé, et des clients de prestige comme Nokia ou Thales.
Mais cela ne suffisait pas. Il m’a regardé froidement et a ajouté : “J’ai investi sur un polytechnicien et sur un fondateur avec un gros track record. Mais vous, vous n’êtes personne.”
Cette phrase m’a heurté. D’autant plus qu’elle venait d’un investisseur qui n’était pas une “rockstar” de l’écosystème, mais un acteur censé comprendre les défis des entrepreneurs de nos territoires.
Avec le recul, je réalise que cette claque a été fondatrice. Elle m’a fait comprendre qu’il existe deux mondes parallèles qui ne se comprennent pas. Cet investisseur cherchait un badge. Moi, je vendais des résultats.
C’est de là que vient ma distinction entre le Réseau de Parade et le Réseau d’Impact. Quand on n’hérite pas du premier, il faut bâtir le second. Et c’est souvent là que se trouve la vraie valeur.
L’illusion du Réseau de Parade
Le Réseau de Parade, c’est celui que cet investisseur recherchait. C’est le monde des titres, des écoles prestigieuses, des photos officielles et des cocktails mondains. Un réseau vertical, politique, fondé sur le statut.
Il a son utilité pour la surface sociale, mais quand vous avez vraiment besoin d’aide, ce réseau est sur répondeur. Il est fait pour la représentation, pas pour l’action.
La réalité du Réseau d’Impact
À l’opposé existe un maillage horizontal, souvent invisible, composé de gens qui font.
Ce ne sont pas forcément les profils les plus médiatisés, mais ce sont ceux qui détiennent les clés de l’exécution. Le fondateur qui a déjà résolu le problème que vous rencontrez aujourd’hui. L’ingénieur capable de débloquer une situation complexe. L’investisseur qui mise sur la traction réelle plutôt que sur le diplôme.
Ce réseau-là ne s’hérite pas. Il se mérite par la pratique. Et c’est précisément là que “n’être personne” devient un atout : cela vous force à prouver.
La crédibilité comme seule monnaie
Je viens d’un milieu où le réseau n’était pas un acquis. Je n’avais pas de nom qui ouvrait les portes automatiquement. Quand on part de là, on n’a qu’une seule monnaie d’échange viable : la preuve.
J’ai bâti mon cercle de confiance sur un principe simple : la crédibilité précède la connexion.
Les vrais bâtisseurs ont un radar. Ils se fichent que vous soyez “personne” aux yeux des institutions. Ils reconnaissent le sérieux et la compétence. Si vous livrez ce que vous promettez, et surtout, si vous faites preuve de résilience quand les choses se compliquent, vous devenez visible pour les bonnes personnes.
Le Réseau d’Impact ne se demande pas “D’où vient-il ?”, il se demande “Est-il fiable ?”. C’est une méritocratie de l’action.
Comment il se construit
Ce réseau ne se bâtit pas dans les mondanités. Il se construit en donnant avant de recevoir, en débloquant une situation pour quelqu’un sans agenda caché, en apportant de la valeur avant d’en demander.
Il se révèle dans la durée, parce que les opportunistes disparaissent à la première difficulté tandis que la constance envoie un signal fort à vos pairs. Et il se mesure en densité, pas en volume : cinq personnes de confiance capables de répondre à un problème critique valent infiniment plus que cinq mille connexions silencieuses.
La preuve par les faits
L’adage “Your network is your net worth” est vrai, à condition de ne pas se tromper de réseau.
Cet investisseur avait raison sur un point : je n’étais personne dans son monde de parade. Quelques années plus tard, Datarocks a été acquis par Dataiku. Entre-temps, nous avions levé des fonds — avec des investisseurs qui avaient misé sur nous, pas sur notre pédigrée. Les badges qu’il cherchait n’ont jamais été nécessaires.
C’était finalement une excellente nouvelle. Cela m’a forcé à construire des relations basées sur la seule chose qui compte vraiment : la capacité à délivrer. C’est cet actif qui permet de comprimer le temps, qui transforme des années d’efforts en une accélération subite. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il est ouvert à tous ceux qui acceptent de faire le travail, d’où qu’ils viennent.
Ludovic.